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  • on 6 mars 2015

La vie consacrée aujourd’hui au Bénin : situation, défis, interpellations… (4)

4. Défis et interpellations de la vie consacrée aujourd’hui au Bénin.

Le premier défi est celui de la crédibilité de la vie consacrée. Est-ce que nous y croyons encore ? Le sel a-t-il conservé toute sa saveur ? La lumière éclaire-t-elle encore le monde ? Ces questions, nous avons besoin de nous les poser en toute vérité. Lorsque nous entendons dire, même si c’est de façon marginale, de tel consacré qu’il n’est pas chrétien ou qu’il y a à redire sur sa valeur humaine, cela interpelle notre conscience.

Le deuxième défi est celui de la fraternité au-delà du sang. Nos communautés recrutent dans des ethnies qui historiquement ont tissé des relations belliqueuses. L’éducation reçue dans ces ethnies a été pétrie de récits qui nourrissent souvent une mémoire dangereuse. Quand nous venons en religion, avec un tel fond anthropologique non converti, nous courons le risque de transférer des relations historiquement distordues sur notre vie communautaire actuelle. C’est ce qui engendre des fractions et des clans au sein d’une même communauté. Mais puisque ce qui rassemble les membres d’une communauté religieuse est plus que ce qui pourrait les séparer, la vie consacrée doit devenir cette école de communion qui manifeste la victoire des disciples du Christ sur les divisions historiques.

Le troisième défi provient aussi du milieu social africain. A côté de la division historique qui vient d’être envisagée, il y a toutes les tentatives du milieu culturel qui cherche à phagocyter la foi des croyants. Quand nous n’entreprenons pas l’inculturation sous l’angle de la conversion de la culture, c’est la culture qui nous convertit à elle dans ses manifestations les moins humaines : ce sont nos « béninoiseries », nos esprits sournois qui n’accueillent pas le bien fait par l’autre, la vérité qui provient de l’autre, et qui offre au monde païen le spectacle affligeant de nos auto-éliminations en Eglise, etc., toutes choses qui empêchent une conjugaison des forces pour l’avancée du royaume. L’énergie que nous devrions dépenser pour travailler à l’avancée du règne, est détournée à des fins de neutralisation mutuelle. Toutes ces manifestations païennes de la culture peuvent atteindre aussi nos communautés religieuses et aller jusqu’à des formes extrêmes d’envoûtements, de sorcellerie ou d’entretien de la mentalité sorcelleresque tout aussi nocive que la sorcellerie elle-même. Ceci montre qu’il y a une véritable misère anthropologique que la vie consacrée doit prendre à bras le corps si elle veut répondre pleinement à sa vocation prophétique.

Le quatrième défi touche aussi une misère. Elle est d’ordre matériel. Dans une Afrique qui, au lieu d’émerger comme la région du Sud-Est asiatique et l’Amérique Latine,  est en constant processus de sous développement, le rapport des consacrés au bien matériel devrait indiquer la voie à suivre pour un réel développement. Mais en sommes-nous là ? Quel témoignage donnons-nous quand nous courrons tous derrière l’argent ? Au nom de l’auto-prise en charge, n’y a-t-il pas le risque que des consacrés se muent en hommes ou femmes d’affaires ? Les avoirs personnels dans le capital de telle ou telle société/entreprise, les fermes personnelles, les bars et restaurants personnels, les magasins personnels, etc. constituent-ils des signes de pauvreté évangélique ? Il y a lieu de s’interroger.

Si l’on doit reconduire l’ensemble de ces défis à une souche commune, elle sera celle de l’identité de la vie consacrée en Afrique. C’est par rapport à elle que pourra être apprécié à sa juste proportion le phénomène dit de la « prolifération » des instituts.

 

Rd Père Edouard ADE 

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