La vie consacrée aujourd’hui au Bénin : situation, défis, interpellations… (7)

7. Quelle vision pour l’avenir ?

S’il est vrai que l’Esprit souffle où il veut et comme il veut, son mouvement économique est toujours pris dans son mouvement ontologique du Père vers le Fils et du Fils vers le Père. Tout ce qui brille sous le soleil n’est pas de l’or ; même les écailles du serpent sont éclatantes. Il faut donc discerner.

Mais si le Seigneur nous prend au sérieux en suscitant dans nos jeunes communautés ecclésiales des désirs forts de vie consacrée, nous ne devons pas les mépriser sans pour autant faire l’amalgame.

Dans la typologie que nous avions faite au début de cette réflexion, nous avions identifié une catégorie de personnes qui, à titre personnel, veulent vivre une forme privée de consécration. Que par abus de langage, elles se présentent comme des religieuses, cela demande des clarifications au sein du Peuple de Dieu. Cette clarification est d’autant plus nécessaire qu’aujourd’hui l’Eglise a en son sein des instituts séculiers et des vierges consacrées qui n’ont pas de signes distinctifs. Toute personne n’ayant pas été accueillie dans un institut religieux ne peut pas s’improviser « laïque consacrée ». Même dans le cas des vœux privés, il faut le discernement d’un confesseur qualifié. Ce ne sont pas des choses que l’on fait à la légère en Eglise.

De plus, des expériences mystiques dont l’Eglise n’a pas encore attesté le sérieux ne peuvent pas, du jour au lendemain, se transformer en expérience de fondation religieuse pour la simple raison que l’on n’est même pas sûr qu’il s’agisse d’expériences chrétiennes. L’Esprit-Saint a souvent suscité des mystiques dans l’Eglise mais il a toujours fait passer les instituts (qui engagent dans des formes de vie stable) par la voie christologique qui est celle de l’incarnation et de la passion rédemptrice. Ces expériences mystiques doivent donc d’abord donner la preuve de leur équilibre humain et chrétien.

Il y a enfin le cas des tentatives sérieuses de fondation d’un institut religieux qui, par défaut d’informations canoniques, peuvent être mal aiguillonnées au départ. Dans ces cas de figure, il faudrait beaucoup plus de souplesse. Les instituts déjà établis devraient, en esprit d’Eglise, offrir spontanément leur assistance et d’abord leur bienveillance et leurs prières pour qu’aucun don réel de l’Esprit ne soit perdu. Il est vrai que dans l’histoire de l’Eglise il y ait eu des levées de boucliers contre des tentatives de fondation de la part de ceux-là même qui devraient les aider à aboutir. Cela a pu vérifier la sainteté des fondateurs et éprouver la viabilité des charismes. Mais l’on n’est pas obligé de répéter l’histoire dans ses aspects les moins heureux pour l’Eglise. Dieu a ses moyens à lui pour manifester la sainteté de ceux à qui il confie une mission particulière.

Nous voulons une vision pour l’avenir. Nous devons apprendre à voir les choses telles que Dieu les voit. Cela suppose une conversion du regard et plus profondément une conversion de l’intention. Nous ne devons pas chercher à faire entrer Dieu dans nos projets mais à entrer nous dans le projet de Dieu. Ce projet nous déroutera à coup sûr comme Eglise, il déroutera aussi ceux qui reçoivent la grâce de la fondation d’un institut. C’est dans l’obéissance des uns et des autres à l’Esprit-Saint que le plan de Dieu pourra se tracer et son règne avancer. Cela demande beaucoup de patience les uns avec les autres, beaucoup de patience aussi avec soi-même.

Dans notre Eglise-famille, l’une des sources de souffrances est la distorsion de l’information. Nous devons travailler ensemble à la qualité de nos communications. L’information doit circuler dans notre Famille ecclésiale avec fluidité, sans indiscrétion mais dans la transparence. Nous devons mieux nous connaître et mieux connaître tout ce qui germe.

Il nous faudra aussi éviter l’éparpillement et la dispersion des forces. Dans ce sens, il serait important que, dans chaque diocèse, surtout ceux qui connaissent une effervescence charismatique, il soit mis en place, restant sauves les prérogatives de l’Evêque en la matière, une Commission Diocésaine pour la Vie Consacrée au sein de laquelle collaboreront Diocésains et Religieux. L’assistance juridique et théologique aux pieuses unions en formation devrait être en ce sens mieux organisée.

 

Rd Père Edouard ADE 

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